28 juillet 2022,
8h Lloret de mar, ville de la nuit, dort. Nous sortons de l’auberge de jeunesse et nous rendons sur le front de mer qui est calme, seuls les agents de nettoyage, souvent d’origine probablement africaine, s’affairent autour des camions de nettoyage. Le ciel, voilé de nuages gris, nous offre une température agréable pour entamer la côte escarpée qui sépare Lloret de Tossa, à pied, en suivant le GR qui parcourt le relief.
Après une petite heure de marche nous nous arrêtons au restaurant d’un hôtel d’une calanque pour un café et un thé. La marche se poursuit alternant chemin et morceaux d’asphalte. Nous arrivons à Tossa à midi, le soleil est de retour. Nous nous restaurons puis nous rendons au bout de la plage sur un morceau de sable entouré par deux rochers immenses. Je profite du relief pour une sieste à l’ombre puis m’immerge depuis la roche, dont j’ai fait le tour, pour rejoindre Isabel. Nous nageons un peu puis rejoignons l’île de Tossa, qui est une sorte de pic rocheux sortant de l’eau à une cinquantaine de mètres de la plage.

Je remarque qu’une colonie de moules peuple deux rochers émergés juste avant l’île. Nous nous hissons au sommet de celle-ci où se dresse le drapeau catalan et nous exerçons, avec précaution, à des positions d’équilibre sur ces roches abrasives. Nous rejoignons ensuite la plage puis j’entreprends de partir à la pêche aux moules avec une bouteille qui me servira de récipient pour les conserver. Je la remplis d’eau, son format rectangulaire me permet de la transporter comme un pool-boy entre mes cuisses. Les moules ne sont pas très grosses, cependant les plus grosses d’entre elles semblent avoir une taille approchant celles qu’on retrouve dans les paellas de fruits de mer servies dans les restaurants. Je passe un bon moment, chahuté par une houle légère, à remplir jusqu’à une bonne moitié ma bouteille de jus. Une fois satisfait, je retourne sur la plage où Isabel m’attend : elle m’avait accompagné jusqu’au rocher mais a été dissuadé de la pêche par les vagues.
Nous entamons notre retour vers Lloret que nous imaginons effectuer en stop. Arrivés à un rond-point en sortie de la ville, passe un bus qui se rend à notre destination. Nous envisageons alors cette possibilité si le stop ne nous réussit pas. Peu après, un camion s’arrête, il s’agit d’un livreur qui peut nous avancer de quelques kilomètres. Il finit par rattraper le bus qui s’est arrêté prendre des voyageurs. Nous sortons du camion et prenons le bus. Le chauffeur me demande ce que contient ma bouteille et l’observe quelques secondes, intrigué. Nous retournons à l’auberge, après avoir fait quelques courses pour cuisiner, puis nous retournons à la plage pour le dernier bain de la journée accompagné d’étirements et poses de yoga faisant le bonheur de l’objectif des passants qui, semble-t-il, s’arrêtent pour filmer la scène. Je laisse Isabel à ses occupations et me lance dans la préparation des moules. Un fois triées et nettoyées sommairement, je les immerge dans une eau bouillante. Elles s’ouvrent rapidement. J’extrais le mollusque de chaque coquillage puis les fais revenir à la poêle dans une huile de coco qui normalement me sert à hydrater ma peau parfois malmenée par le soleil. Le riz et une sauce tomate agrémentée de persil prêts, j’attends le retour d’Isabel pour manger. Le goût des aliments collectés soi-même en fait un plat d’autant plus appréciable.
29 juillet 2022,
La cuisine rangée et la chambre vidée de mes affaires, je commence à charger mon vélo pour me mettre en route vers Barcelone. Isabel est déjà réveillée et partie à la mer avant que je me lève. Nous avons prévu de nous rejoindre à Barcelone.
Je traverse Blanes, je suis une piste cyclable qui longe la Tordera, une rivière à sec en cette période. Arrivé au delta dans une zone de faune aviaire protégée, je me rends compte que je ne peux poursuivre plus loin. Un ancien en VTT électrique s’arrête. Nous entamons la discussion. Il connaît un peu Lyon pour l’avoir visité à deux reprises, ayant de la famille sur place. Après avoir répondu aux interrogations, désormais devenues habituelles, sur mon vélo, je lui demande ma route. Il me dit qu’il va dans ma direction et qu’il va me remettre sur le bon chemin. Fran, la version espagnole de François, regrette d’avoir déjà une famille d’amis invitée chez lui sinon il m’aurait invité à passer un ou deux jours en sa compagnie. Nous partageons la route, tout en continuant à échanger, jusqu’à Malgrat de Mar où je peux désormais suivre la côte pendant de nombreux kilomètres sans me poser de questions.
Le front mer cyclable terminé, je suis contraint de rejoindre un bout de nationale que je parcours pendant quelques kilomètres avant de m’arrêter à Arenys de Mar pour manger puis écrire. Je reprends la route et n’ai d’autre choix que de reprendre la nationale, arrivant parfois à prendre des bouts de front de mer cyclables quand cela m’est possible. Je me rafraîchis dans la mer après Mataro sur un bout de plage bordée de gros rochers lisses pour casser les vagues, protégeant ainsi la piste cyclable et surtout la ligne de chemin de fer juste derrière. L’eau est bonne mais je retrouve par deux fois des morceaux de plastique transparent alors qu’ils entrent en contact avec ma peau. Cela est bien dommage mais ne m’étonne guère d’une côte qui se densifie à l’approche de Barcelone. Je les mets dans mon maillot de bain pour les jeter : c’est typiquement le genre de choses qui pourraient finir dans le ventre de tortues marines.
Je m’approche de Barcelone, les potentiels hôtes repérés par Isabel sur coachsurfing ont tous répondu négativement. Nous n’avons toujours pas d’option pour dormir. N’ayant que peu de ressources, Isabel me rejoindra à Barcelone si je trouve un logement peu onéreux. J’arrive en ville et me rapproche doucement du centre. L’impression que j’ai à ce moment-là, accentuée par le ciel gris et menaçant, est que je ne tomberai pas sur un Fran proposant de lui-même de m’héberger. Après une courte averse, je me mets en tête de trouver une auberge de jeunesse. J’en ai repéré une qui me semble abordable. Arrivé sur place je me rends compte que le prix visualisé était par nuit et non pour les 3 jours. Il est déjà tard, je suis fatigué, je décide de céder à la facilité et de passer mes nuits dans cette auberge de jeunesse. J’en informe Isabel qui, comme elle le pensait déjà, décide de finalement rentrer à Toulouse gérer ses affaires.
Le vélo ne pouvant être stationné dans l’auberge, je dois trouver un parking à vélo fermé, comme me l’a montré la réceptionniste sur son ordinateur. Je me rends dans la rue indiquée mais je ne trouve rien. Je demande à une loueuse de vélos dont le magasin est encore ouvert mais elle n’en sait rien. Elle finit par me proposer de laisser mon vélo dans le magasin contre 5€ pour la nuit si je viens le chercher quand elle ouvre, un peu avant 10h.
La logistique résolue, je rentre à l’auberge prendre possession de mes quartiers dans une chambre partagée. La casa Gracia est un grand immeuble qui pourrait faire penser à un ancien hôtel luxueux reconverti en auberge de jeunesse haut de gamme. Les pièces sont hautes, les sols en pierres semblables à du marbre. L’ascenseur pour gravir les 6 étages est dans un style ancien avec des portes et d’une cage métallique protégeant la cage d’escalier en colimaçon. La chambre de 4 partagée est bien agencée et tenue. Les deux couples de lits sont superposés dans des sortes de caisses en boiserie peintes de blanc et fixées au mur.
Je discute avec Sol qui est présente lorsque j’arrive dans la chambre. De ce que je comprends elle télétravaille et est là pour quelques temps. J’aime son prénom et son visage tranquille, plutôt foncé, qui dégage une aura apaisante, tout à fait bienvenue après le léger stress de la logistique. Je me douche, fais ma lessive et descends manger au bar de l’auberge muni de mon ordinateur pour avancer dans l’écriture qui a pris du retard. Je me sens bien au milieu du brouhaha ambiant de cet espace de sociabilisation où je m’amuse à observer parfois les interactions entre une population plutôt jeune et, il faut le dire, huppée. Je me sens comme un observateur discret, venu d’un autre milieu, étudiant distraitement celui que je viens de rejoindre.